Accueil > Actualités > Des demi-mesures qui ne répondent pas à tous les besoins urgents de logement

Des demi-mesures qui ne répondent pas à tous les besoins urgents de logement

Imprimer cette nouvelle Imprimer cette nouvelle

(Alexandre D’Astous)-Même s’il salue l’annonce du financement d’une deuxième phase de l’Initiative de création rapide de logement (ICRL), le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) aurait souhaité que le budget de la ministre Chrystia Freeland contienne des investissements beaucoup plus significatifs et complets en matière d’aide au logement.

« On espérait beaucoup mieux, compte tenu de l’adoption récente d’une loi reconnaissant le droit au logement, des promesses du dernier discours du Trône de bonifier la Stratégie sur le logement et des promesses de la nouvelle ministre des Finances disant vouloir reprendre la lutte contre les inégalités sociales », a réagi Véronique Laflamme, la porte-parole du FRAPRU, en ajoutant que le budget présenté aujourd’hui n’est malheureusement pas à la hauteur de la crise actuelle du logement.

Le budget Freeland annonce 1,5 milliards $ supplémentaires dans l’ICRL, qui permet de réaliser dans de courts délais des logements hors marché privé. En raison de la popularité de la première phase, plusieurs projets déposés par des groupes québécois, en Abitibi, dans le Bas-Saint-Laurent et en Montérégie notamment avaient vu leur demande être reportée. Le FRAPRU, comme d’autres associations canadiennes, dont l’ACHRU, espère que des modifications incluant l’ajout de suppléments au loyer, soient apportées. Le FRAPRU rappelle cependant que cette initiative s’adresse aux ménages en situation d’itinérance ou de grande vulnérabilité et ne permet pas de développer des logements sociaux pour répondre aux besoins d’une partie importante des ménages locataires ayant pourtant des besoins urgents de logements, parce qu’ils vivent dans des logements surpeuplés, insalubres ou inabordables.

Pénurie de logements accentuée

Alors que la pénurie de logements s’est accentuée dans plusieurs municipalités québécoises, et que la hausse accélérée des loyers augmente la pression sur les locataires — qui étaient déjà près de 200 000 au Québec seulement, à consacrer plus de la moitié de leurs revenus pour se loger lors du recensement de 2016 — le FRAPRU espérait des investissements supplémentaires d’Ottawa dans le logement social ciblant ces locataires ayant des besoins urgents. Il rappelle que selon l’Entente Québec-Canada sur le logement, Québec ne disposera au mieux que de 272 M $, sur 10 ans, pour développer de nouveaux logements sociaux.

Les mesures budgétaires « ne permettront pas de réaliser les objectifs ambitieux énoncés dans la Stratégie nationale sur le logement », selon le FRAPRU, qui rappelle que la majorité des investissements prévus dans les initiatives autres que l’ICRL, sont destinés majoritairement aux développeurs de logements privés et encouragent la création de logements dont les loyers sont beaucoup trop élevés pour la plupart des locataires. À cet égard, le regroupement pour le droit au logement est déçu que les 1,3 milliard $ réaffectés dans le budget Freeland à différentes fins aient été dédiés à des Fonds qui n’ont pas donné de résultats probants, plutôt qu’aux fonds transférés aux provinces pour le logement social, par exemple. Le FRAPRU est également déçu de l’absence de mesures spécifiquement dédiées à l’amélioration des conditions de logement des Autochtones vivant en milieu urbain.

Impact de la pandémie

Selon le FRAPRU, les crises du logement vécues par les populations québécoise et canadienne, la crise sanitaire et les autres à venir auraient nécessité des investissements comparables à ceux qu’Ottawa consentait au début des années 1980, alors qu’il finançait 30 000 nouveaux logements sociaux par année à l’échelle du Canada, dont environ 7000 au Québec. « La pandémie nous rappelle pourtant l’importance du logement comme déterminant de la santé. Si on veut prévenir les conséquences des crises à venir, notamment avec les changements climatiques, qui affectent de façon disproportionnée les ménages à plus faible revenu et les personnes en situation d’itinérance, c’est maintenant qu’il faut investir dans le logement social », insiste Véronique Laflamme. « Si on veut une relance qui soit effectivement juste comme le prétend la ministre des Finances, c’est à un chantier beaucoup plus ambitieux qu’il aurait fallu s’atteler ».

Au chapitre des bonnes nouvelles, le FRAPRU se réjouit de l’ajout de 118,2 M $ sur sept ans, à compter de 2021-2022, dans le cadre de l’Initiative fédérale de logement communautaire, programme d’aide au loyer pour les locataires à faible revenu vivant dans des logements sociaux financés par Ottawa, au terme de leur convention, mais rappelle du même souffle qu’Ottawa a économisé des milliards de dollars en se retirant de ces ententes à long terme.

Enfin, même s’il salue la mise en place d’une taxe de 1% sur les propriétés de non-résidents, afin de contribuer à diminuer la frénésie immobilière qui touche plusieurs régions du Québec, et qui alimentent directement et indirectement à la crise du logement, le FRAPRU aurait souhaité qu’Ottawa annonce davantage de mesures fiscales plus interventionnistes permettant de freiner la spéculation, par exemple la pleine imposition des gains de capital réalisés dans le domaine immobilier. Les sommes ainsi économisées ou récoltées auraient pu, en plus, être réinvesties dans le logement social. Pour un, le FRAPRU réclame qu’Ottawa investisse 3 milliards $ par année spécifiquement dans ce domaine.

Photo: La porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme. (Photo courtoisie)

Share
You may also like
Québec solidaire propose une aide au logement pour les étudiants
Crise du logement : le Parti libéral du Québec en mode solutions
Québec solidaire réclame une taxe sur la spéculation immobilière
Crise du logement : l’attitude du premier ministre dénoncée

Contactez-nous pour vos commentaires et questions.