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Un peu d’Algérie à Saint-Mathieu-de-Rioux

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(Texte et photo Marjolaine Jolicoeur/Journal L’Horizon mai 2019) – Quitter l’Algérie pour se retrouver restaurateur à Saint-Mathieu-de-Rioux dans un ancien couvent catholique. Pas banal comme parcours pour Hakim Sekour, copropriétaire avec sa conjointe Virginie Chénard, du Resto du Vieux Couvent depuis 2015.

Âgé de 32 ans, Hakim est arrivé au Québec en 2011. Venant d’une société musulmane très codifiée par de multiples règles, il  s’est retrouvé dans un pays où, dit-il, « tout lui semblait possible ».  

Diplômé en ingénierie dans l’automatique industrielle en Algérie, parlant plusieurs langues,  français, anglais, arabe et berbère,  il débarque d’abord à Montréal pour étudier en ingénierie biomédicale, tout en travaillant dans la restauration pour payer ses études.

Et puis l’amour change sa trajectoire…Après sa rencontre à Montréal avec Virginie Chénard – une native de Sainte-Luce – le couple souhaite devenir entrepreneurs, mais dans quel domaine? Ils apprennent qu’un restaurant est à vendre à Saint-Mathieu-de-Rioux. Ne connaissant pas trop l’endroit, se demandant même où ce village était situé, le couple visite le restaurant en décembre 2014. Il l’achète quelques semaines plus tard  porté par l’enthousiasme des anciens propriétaires Marielle Denis et Aldéo Landry. « Des personnes extraordinaires, passionnées par leur métier et qui voulaient  vendre depuis plusieurs années mais à d’autres passionnés comme eux », raconte Hakim.

Un esprit de famille

 Après des travaux de rénovation, la mise à niveau de la cuisine et de ses équipements, le restaurant suscite rapidement un grand engouement.  «  Notre chiffre d’affaires a triplé dès la première année. Le restaurant prend beaucoup de notre temps, les heures sont longues. Mais comme il n’est ouvert que 10 mois par année, nous avons  une belle qualité de vie et plus de temps pour la famille.  ».   

Le contact avec les Mathéens s’est bien déroulé?   « Incroyablement bien.  Ici tout est simple, il n’y a rien de compliqué pantoute. Je me suis senti rapidement accepté et accueilli », lance Hakim en évoquant la solidarité de cette petite communauté de 690 personnes.  «  Lorsque nous avons été partis 1 mois en voyage en Algérie, tout le village surveillait la bâtisse de notre restaurant!  J’ai même un voisin qui a fait déneiger notre toit ».

Évidemment, les questions peuvent être nombreuses surtout, par exemple, lorsqu’on sait que sa mère en Algérie porte le voile. « Mais dans le fond, c’est une curiosité bienveillante, très respectueuse »,  ajoute-t-il avec son accent qui rappelle par moment celui des Îles-de-la-Madeleine!

 Hakim vient d’une famille d’universitaires : une mère avec un bac en littérature anglaise, un père docteur en chimie agroalimentaire, un frère diplômé en finance et une sœur ayant une maitrise en géologie. Une sœur qui elle ne porte pas le voile dans un pays majoritairement musulman.

Aîné de cette famille d’origine berbère, la distance n’est pas toujours facile, surtout pour la mère d’Hakim à qui il parle à toutes les semaines. Ici, il peut compter sur l’appui de sa belle-famille  québécoise qui l’a, elle aussi, tout de suite accepté  et même aidé financièrement pour l’achat de son restaurant.   

Une Algérie en  ébullition

Même avec un diplôme universitaire, les salaires en Algérie demeurent très bas, le climat social explosif, avec des écarts importants entre les pauvres et les riches. Depuis février dernier, un soulèvement pour renverser le système en place engendre de grandes manifestations pacifiques  soutenues par  la jeunesse algérienne – 75 % de la population  à moins de 35 ans –  et une présence massive de femmes, un fait remarquable pour un pays musulman. 

 Hakim est né à Boumerdès, une ville côtière à 50 km d’Alger. Son  climat chaud et tempéré permet l’abondance des fruits et des légumes qui ne coûtent pas chers.  Ce fut difficile de s’adapter au froid et aux coutumes  de l’hiver québécois? «  Pas vraiment. Comme j’ai plus de temps libres l’hiver, je fais du ski, de la raquette. L’été je joue au soccer, au water-polo. Nous avons maintenant un bon cercle d’amis, c’est important pour nous  ».

Un resto bien québécois

Le  menu du Resto du Vieux Couvent est bien québécois avec ses burgers, ses pizzas et ses poutines. Mais on y sert aussi à l’occasion  le met national de l’Algérie : le couscous. On peut aussi y déguster un bourek, une feuille de pâte farcie de pommes de terre et de viande, frite dans l’huile.   Les propriétaires ont  aménagé au fil des ans  une terrasse et une section café-boutique avec crèmes glacées, produits du terroir et créations québécoises.

Hakim ne manque pas de projets et d’enthousiasme pour  sa vie dans les Basques avec sa conjointe Véronique : « Je porterais toujours l’Algérie en moi, mais mon identité c’est aussi être un ami, un voisin intégré dans cette communauté de  Saint-Mathieu-de-Rioux qui m’a si bien accueilli ».

Un lieu chargé d’histoire

Le vieux couvent ouvre ses portes en 1949. Les Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire qui y logent sont mandatées pour en prendre la direction et assurer en partie l’enseignement.  Elles accueillent garçons et  filles du village de même que les jeunes qui veulent poursuivre leurs études au-delà de la septième année. En juin 1968, les religieuses quittent la paroisse; le vieux couvent ferme ses portes en juin 1973. Pendant quatre ans, il sera occupé pour les loisirs et l’éducation permanente ainsi que par le club de l’Âge d’or qui l’achète en 1977 pour un montant de 200 $.  Il a par la suite abrité pendant de longues années un restaurant tenu par Marielle Denis et Aldéo Landry.  (Source : Charles-Édouard Jean).

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