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Raconte-moi Les Basques: Guide pratique du personnage mythique

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(Crédit dessin: Le quêteux, Norman Théberge, avec la permission de l’auteur) Texte de Gabrielle Rousseau et Vickie Vincent pour Le bruit des plumes- Recherche: Karine Vincent pour Les Compagnons de la mise en valeur du patrimoine vivant de Trois-Pistoles.

En 2015, sous l’initiative de la politique culturelle de la MRC des Basques, les Compagnons de la mise en valeur du patrimoine vivant de Trois-Pistoles mettaient en branle un projet d’enquête patrimoniale. De dévoués enquêteurs sont partis à la chasse au trésor à travers la MRC pour extirper des fonds des tiroirs de précieux bouts de souvenirs, des instants d’incurable nostalgie, de grands moments de bonheur oublié. Porteuse de ces histoires, l’équipe vous propose de suivre sa chronique où elle présente le fruit de ses recherches en vous racontant Les Basques.

Ne devient pas personnage mythique qui veut. Il faut immanquablement que vos frasques, exploits et singularités traversent les âges, vivant éternellement de bouches à oreilles, subissant des altérations progressives, gagnant en évidentes invraisemblances. Ainsi, lorsque vous deviendrez plus grand que nature, que plus personne ne saura la véritable version des faits, vous aurez réussi à mériter le titre d’icône de l’imaginaire collectif. Prenons en exemple la région des Basques, petit territoire du Bas-Saint-Laurent dont la concentration en personnages mythiques n’est plus à prouver, et analysons les figures légendaires ayant foulé ses terres, ici classées sous quatre catégories, dont peut-être une siéra à vos ambitions…

Les quêteux. De type mystérieux même étrange, le quêteux, ce sans-papier, déambule de village en village, cognant aux portes, demandant l’aumône, réclamant un toit ou requérant un plat fumant en échange d’un peu d’huile de coude. De passage aux semaines, aux mois ou aux années, le quêteux ne manque pas de créativité pour marquer les esprits. L’un, sans jambes, se déplaçait en brouette par la propulsion de ses bras; un autre, de tous ses morceaux, jouait sa vie en s’agrippant aux trains en marche. L’un, couvert de générosité, aiguisait de reconnaissance les couteaux de son hôte; un autre, essuyant un bête refus, balançait des malchances aux portes claquées. L’un, infesté de poux, inspirait la peur des plus petits; tandis qu’un autre, exhibant son intellect, se voyait récompensé d’une tignasse fraîchement taillée.

Les hommes forts. Ne pas se fier ici aux apparences. L’homme fort aime mystifier les plus sceptiques grâce à des allures trompeuses, et au moment venu, décrocher les mâchoires (au sens figuré) de ses prouesses herculéennes. Les Basques peuvent se targuer d’avoir leur lot enviable de colosses à la Louis Cyr. L’un, dit Ti-Blanc Criquet, babiches au pied, le souffle imperturbable, chassait les chevreuils à main nue; un autre, dit Rodrigue Bras de fer, traversait la table comme dans du beurre, le poignet de son adversaire réduit en miettes. L’un, dit monsieur Grand’Maison, de sa dentition de téflon, recourbait les fers à cheval d’une solide mordée; et plusieurs autres encore, qui sans même broncher, soulevaient de lourdes charges comme l’on tire un mouchoir de sa boîte.

Les insolites. Il y a de ces talents qu’on ne peut inventer, de ces dons qu’on croirait tombés du ciel. Ces actions d’éclat auraient-elles, au fil du temps, subi les distorsions du téléphone arabe? Nul ne sait. Toujours est-il que ces étoiles de l’insolite brillent aujourd’hui sans répit, dans des yeux qui ne les ont même jamais vues. Il y en a un, qui d’un pas de course plus que décidé, pouvait dévaler les routes de campagne plus vite qu’une voiture. Un autre, Joe Guérette, violoneux à l’archet magique, des vibrations de son instrument, faisait fuir les loups rôdeurs. Et encore, Gaétan Drapeau, homme fort à ses heures, le corps aussi résistant qu’une cote de maille, était insensible à la douleur.

Les « ratoureurs ». Outre ces obscurs gens de passage, ces démonstrations de force phénoménale et ces inexplicables pouvoirs, certains personnages sont devenus mythiques par le simple fait d’être de bons vivants. Les « ratoureurs », ces notoires planificateurs de tours pendables, ces monteurs de canulars, ont laissé une trace indélébile dans l’imaginaire de tous; leurs plaisanteries marquant au fer rouge les mémoires des victimes, des témoins et de leurs descendances. Comme ces fameux bouffons, qui inversaient les roues de la calèche nuptiale pendant la cérémonie; et sans oublier ces illustres blagueurs, qui attachaient des ficelles aux morts dans leurs cercueils pour les ramener subitement à la vie… et en faire mourir d’autres de peur.

Et au-delà de ces personnages types, se faufilent et resurgissent du passé des caractères tout aussi flamboyants : l’incorrigible bagarreur, le colporteur de commérages, le rigoureux directeur de fanfare, le chansonnier de toutes les occasions, le raconteux d’histoires du bout du monde.

Libre à vous d’emprunter à votre mythologie territoriale, de vous en inspirer ou d’en faire totale abstraction, pour peut-être un jour, à votre tour, en faire partie. 

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