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Raconte-moi Les Basques – Et si les murs pouvaient parler

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Par Gabrielle Rousseau et Vickie Vincent pour Le bruit des plumes
Recherche : Karine Vincent pour Les Compagnons de la mise en valeur du patrimoine vivant de Trois-Pistoles – (Photo: Société d’histoire et de généalogie de Trois-Pistoles).

En 2015, sous l’initiative de la politique culturelle de la MRC des Basques, les Compagnons de la mise en valeur du patrimoine vivant de Trois-Pistoles mettaient en branle un projet d’enquête patrimoniale. De dévoués enquêteurs sont partis à la chasse au trésor à travers la MRC pour extirper des fonds des tiroirs de précieux bouts de souvenirs, des instants d’incurable nostalgie, de grands moments de bonheur oublié. Porteuse de ces histoires, l’équipe vous propose de suivre sa chronique où elle présente le fruit de ses recherches en vous racontant Les Basques.

*Veuillez noter que, bien qu’inspirée de faits réels, cette histoire est fictive.

Vincent surveille le fleuve, à sa gauche, devenir vaste mer. Sur le siège passager reposent les mémoires d’Henri, son grand-père, un vrai Bas-Laurentien, de la naissance au trépas. Vincent n’a jamais posé les pieds dans Les Basques. Il n’a jamais vraiment connu Henri non plus; la distance étant toujours un prétexte de choix. Mais ici, maintenant, la route 132 le porte vers un autre jour. Grâce à ces mémoires, Vincent s’amène à la découverte d’un homme et sa région, à travers les lieux dépeints dans le récit de toute une vie. Ces lieux de rencontre qui ont entendu son grand-père se raconter, ces murs comme des éponges à histoires, sauront peut-être à leur tour, le raconter.

À la page 25 s’agitait le magasin général, à Saint-Simon. Vincent se tient devant un établissement malheureusement chose du passé. Mais à son emplacement, comme décrit par Henri, Vincent imagine m’sieur le maire sur sa berceuse, tout près de l’entrée, veillant au grain sur ses villageois; là, à récolter les plaintes à la volée, à attraper les ragots encore chauds. « Il n’en manquait pas une », disait Henri.

À la page 40 s’affolait le perron d’église, à Saint-Jean-de-Dieu. Inébranlable, l’église subsiste physiquement aux ravages des époques. Mais on ne la fréquente plus comme les écrits de Henri le prétendent. Car sur le parvis, un défilé de bouquineurs se substitue aux rassemblements dominicaux. La parole vivante des commérages entre paroissiens et habitants des rangs a fait place à une parole figée sur papier, dans cette nouvelle bibliothèque, autrefois haut lieu sacré des qu’en-dira-t-on.

À la page 63 s’animait le garage Ouellet, à Saint-Médard. Même si l’endroit n’est plus, Vincent visualise la scène : à travers des carreaux poussiéreux, il aperçoit une dizaine d’hommes assis en cercle, des cafés fumants, une radio en bruit de fond, des éclats de rire, des cuisses qu’on frappe avec énergie. Des chômeurs à l’existence sur pause, venus se réchauffer le cœur à grand coup d’épouvantes, de menteries et de plaisanteries. « C’est ici que se réunissait le comité des oreilles averties », écrit Henri.

À la page 90 prenait vie l’auberge Quatre saisons, à Saint-Mathieu. À l’arrivée des beaux jours, elle ouvrait ses portes aux abords du lac, au grand plaisir des villageois et des vacanciers. De la plage à l’auberge, de l’auberge à la plage migraient les anecdotes, de celles qu’on se racontait dans le creux de l’oreille pendant une danse canadienne, de celles qu’on relatait bien fort entre deux jeux de billard. C’était l’bon temps.

À la page 110 grouillait la Forge à Bérubé de Trois-Pistoles. Car entre deux coups de marteau, le forgeron accueillait lui aussi les plus bavards, du fleuve jusqu’au Haut-Pays. Croyant se heurter encore à une porte close, Vincent se surprend à pénétrer une forge en effervescence. Un conteur y performe devant une foule buvant ses moindres dires. Vincent observe la scène. Soudainement, le conteur prend les allures du feu forgeron, les spectateurs, eux, deviennent les placoteux de jadis. « Ah, et si ces murs pouvaient parler… », pense Vincent.

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Qu’en est-il donc de ces lieux d’échange, ces pourvoyeurs de pauses à toute heure de la journée? Chose certaine, les magasins généraux, parvis d’églises, garages et auberges ne sont plus de ces endroits où le monde se réinventait. Mais il serait faux de penser que nos villages en sont maintenant totalement dépourvus.

Car à l’aréna, il y a aura toujours quelqu’un et ses histoires pour vous ragaillardir lors d’un tournoi amical.
À la cantine du coin, il y aura toujours quelqu’un et ses histoires pour vous faire patienter lorsque la poutine tarde à arriver.
Au p’tit Café, il y aura toujours quelqu’un et ses histoires pour vous extirper de votre roman poignant.
À la maison de retraite, il y aura toujours quelqu’un et ses histoires pour vous rappeler que chaque jour est un cadeau.
Et chez soi, il y aura toujours quelqu’un et ses histoires pour alimenter les mémoires de demain.

Le magasin général

À Trois-Pistoles le magasin Joseph Rioux, fondé en 1847 par Éloi Rioux sur la rue Notre-Dame Ouest, était considéré au début du XXe siècle comme le plus grand magasin général en bas de Québec.   À cette époque, le magasin général était non seulement un fournisseur de marchandises de toutes sortes, mais aussi un lieu de rencontres et de discussions. C’était une halte pour les clients et les amis, mais aussi pour les chevaux qui se retrouvaient bien à l’abri dans l’écurie du commerce.

Photo prise vers 1885 avant la construction du nouveau magasin de Joseph, aujourd’hui Résidence Funéraire Fleury, fils d’Éloi Rioux. Source : Société d’histoire et de généalogie de Trois-Pistoles

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