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Quitter Haïti pour vivre sa foi à Trois-Pistoles

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(Texte et photo Marjolaine Jolicoeur/Journal L’Horizon)- On dit que la foi déplace des montagnes. Pour Rodelain Blaise l’expression a pris tout son sens lors d’un événement dramatique survenu il y a quelques années dans son pays natal, Haïti. Un événement qui a ravivé sa foi, le fil conducteur de toute son existence.

Rodelain Blaise est arrivé à Trois-Pistoles l’automne dernier. Il fait partie d’un groupe de cinq prêtres étrangers venus en mission dans différents secteurs pastoraux du Bas-Saint-Laurent. Des prêtres qu’on nomme  fidei donum, soit « don de la foi ».

Retournement de situation : auparavant des prêtres missionnaires québécois allaient en mission dans les pays étrangers, maintenant c’est l’inverse qui se produit. Le prêtre pistolois se rappelle d’ailleurs de la première fois où il a vu un prêtre blanc célébrer la messe à Haïti. « C’est le plus beau souvenir de mon enfance : j’avais six ans et ma mère m’a amenée à la messe. Je lui ai posé beaucoup de questions sur cet homme qui n’était pas de la même couleur que nous. Par la suite, je suis devenu enfant de chœur, marquant ainsi le début de mon engagement dans l’Église catholique ».

Maintenant âgé de 36 ans, Rodelain Blaise œuvre au sein d’une équipe in solidum (solidaire) composée de deux autres prêtres, Marien Bossé et Yves Pelletier.   Leur charge pastorale englobe 18 paroisses se situant autour de Trois-Pistoles, Saint-Jean-de-Dieu et L’Isle-Verte ainsi que plusieurs résidences pour aînés.

Une nouvelle famille

Comment se déroule son intégration  dans ses fonctions pastorales? « J’ai été très bien accueilli dans la communauté. Une nouvelle famille se crée et je me sens très bien accepté ».

 Avant son arrivée dans le Bas-Saint-Laurent, le prêtre a passé une année à Montréal. Il s’y sentait, dit-il, plus proche d’Haïti puisque cette ville regroupe la  plus importante communauté haïtienne du Québec.  Même si à Trois-Pistoles les haïtiens sont plutôt rares, il assure qu’il n’a pas vraiment été confronté à des propos racistes. Il y a cependant plus ressenti le poids de la distance et de la différence qu’à Montréal.

L’hiver n’est pas trop difficile malgré tout ? « Cela dépend des jours, lance-t-il en riant. J’aime beaucoup marcher dans la neige mais moins le froid et le vent du fleuve qui souffle sur Trois-Pistoles.  Et puis j’ai  dû aussi apprendre à conduire pour la première fois sur des routes enneigées ».   

Outre la météo, problématique de mener à bien sa mission pastorale? « Il est vrai que ce n’est pas toujours évident de parler de Jésus dans certains milieux. À quelque part cela  dérange. Mais j’ai une bonne formation qui me permet de faire face aux défis tout comme une foi solide.  Et puis je suis de nature courageuse et optimiste!  Surtout, je  ne suis pas maître de ma mission, c’est l’esprit de Dieu qui me guide ».

Le mystère de la foi

Cette foi au cœur de son engagement de pasteur spirituel, peut-elle être moins solide, l’a-t-il déjà perdu? Rodelain Blaise réfléchit un moment avant de répondre: « Il peut bien sûr y avoir des questionnements, mais elle demeure toujours là ». Puis il raconte un événement qui au lieu d’ébranler sa foi l’a plutôt raffermie, sinon augmentée.  

Le 12 janvier 2010, un violent séisme a dévasté Port-au-Prince  laissant dans son sillage  plus de 250 000 morts, 300 000 blessés et  un million de sans-abri, selon des chiffres fournis par le gouvernement haïtien.  

Alors qu’il se trouve au Grand Séminaire de Port-au-Prince, Rodelin Blaise sent soudainement tout l’édifice de six étages se dérober sous ses pieds. Tout s’effondre autour de lui. Il est bientôt coincé   sous un amoncellement de gravats, au fond d’un trou noir.  Prisonnier des décombres,  il attendra en vain durant trois longues heures du secours.

« Je n’étais pas blessé et j’avais pleinement conscience que peut-être j’allais mourir.  J’ai pensé à ma mère, ma famille,  mes amis.  Retrouveront-ils mon corps sous les débris? J’ai demandé pardon à Dieu pour mes péchés, récité mon Notre-Père, prié la Vierge Marie.  Puis peu à peu,  je me suis dit, si c’est la volonté du Seigneur que je reste ici, j’accepte de mourir. »

Alors qu’il était face à la mort, une parole de Saint-Augustin à traversé son esprit : « Dieu nous a créés sans nous, mais il n’a pas voulu nous sauver sans nous ».

Curieusement, alors que quelques instants plutôt il était incapable de bouger, il s’est alors mis à se mouvoir et se déplacer, se sortant lui-même des décombres, après plusieurs efforts :   « En voyant autour de moi tous les dégâts du séisme, le grand nombre de  prêtres et de séminaristes morts sous l’effondrement de l’édifice, j’ai compris que Dieu m’avait sauvé et ma foi n’a été que plus forte ».

Pourquoi?

On pourrait rétorquer devant ce mystère de la foi pourquoi Dieu permet une telle catastrophe et  tant de souffrances humaines?  Pourquoi tout ce chaos?  «  Ce séisme n’a rien à voir avec Dieu mais n’est que la conséquence des mauvaises infrastructures d’Haïti. Les humains veulent  une explication pour tout, mais cela est impossible. C’est en donnant un sens à sa vie qu’on peut traverser tous les malheurs avec beaucoup d’espérance. Le vrai bonheur n’est pas de ce monde. La vie n’est qu’un passage ».

LE SENS DE LA FÊTE DE PÂQUES

De nos jours, Pâques est avant tout  synonyme de congé de boulot et d’école, de lapins et d’œufs en chocolat et de réunions familiales.  Pour les chrétiens, c’est la fête la plus importante du calendrier liturgique, le fondement même de leur foi, explique Rodelain Blaise. «  Pâques est centrale dans la foi chrétienne  puisqu’elle rappelle la mort et la résurrection de Jésus.  Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi, disait Saint-Paul ». Il  ajoute que Pâques vient du mot hébreu « Pessa’h », signifiant «  passage » : «  C’est le passage de la mort à la vie, de la souffrance à la joie, de la haine à l’amour, des ténèbres à la lumière ».

Dans la société haïtienne, la religion est un facteur extrêmement important.  Lorsque le prêtre décrit les célébrations pascales en Haïti, on croirait entendre celles qui se déroulaient, il n’y a pas si longtemps, au Québec. « En Haïti, c’est une fête grandiose, une invitation à pratiquer davantage, à vivre autre chose, à s’élever spirituellement.  On fait le carême, prie et se confesse.  Le jeudi soir, les gens viennent très nombreux à l’église et le vendredi ils font leur chemin de croix pour se rappeler les souffrances vécues par Jésus et sa mort ».

C’est aussi une fête du partage, poursuit-il : « L’implication des jeunes est très forte.   Ils  s’organisent pour aller visiter des personnes pauvres, vont leur chercher de l’eau et leur préparent de la nourriture ».

Ici au Québec même si la fête de Pâques n’est plus aussi célébrée religieusement, il est intéressant de noter qu’en 2011, selon Statistique Canada, 82,2% de la population québécoise se considérait comme chrétienne, se rattachant majoritairement à  l’Église catholique.

Un symbole universel de renouveau

Si  la fête de Pâques a  un sens spirituel  profond pour les chrétiens  elle symbolise aussi, à travers l’Histoire,  la renaissance de la nature après les longs mois d’hiver, le renouveau de la vie au printemps.

 Dans certaines traditions pré chrétiennes, l’équinoxe du printemps coïncidait avec le retour d’une divinité sur terre, ou son réveil. Les lapins – ou lièvres-  étaient  pour leur part liés aux rites de fertilité du printemps car ils étaient considérés comme très fertiles et  prolifiques. Les œufs de Pâques symbolisent eux aussi, depuis l’Antiquité, la fertilité et la renaissance.

Des prêtres d’Haïti et du Bénin

Le diocèse de Rimouski accueillait, en 2018, cinq nouveaux prêtres de l’étranger. Ils proviennent d’Haïti mais aussi du Bénin et desservent différents secteurs pastoraux.  Mrg Denis Grondin entouré de Clément Assogba (La Mitis); Jean Gregory Jeudy (Témiscouata);Cosme Arouko (Vallée de La Matapédia); Rodelain Blaise (Trois-Pistoles) et Pierre Guerrier (Rimouski-Neigette).  Crédit photo : Ginette Larocque/Diocèse de Rimouski

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