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L’art contemporain en région : apprivoiser la bête

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L’artiste chorégraphe Soraïda Caron Photo : Sébastien Raboin

(Gabrielle Rousseau) Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas pour Soraïda Caron, artiste chorégraphe installée à Trois-Pistoles depuis 2007, suite à l’obtention de son baccalauréat en danse à l’UQAM. Trop de projets, d’idées et d’envies se bousculent constamment dans son esprit pour qu’elle s’assoie dans le confort d’un quotidien répétitif. Depuis son retour en région, elle a fondé Mars elle danse, sa propre compagnie de danse contemporaine, et a imaginé et conçu six créations originales. À travers toute cette agitation artistique, et son travail de professeure de danse, elle a même réussi à mettre sur pied un nouvel événement culturel pistolois, le Marathon de la création, dont la 2e édition s’est tenue en septembre dernier. Survol d’une feuille de route bien remplie, à nourrir la bête noire qu’est l’art contemporain.
Le Marathon de la création : cette bête curieuse
Le Marathon de la création s’est récemment emparé du centre-ville de Trois-Pistoles pour sa 2e édition. Né d’un concept original de Soraïda Caron, le Marathon est une vitrine sur les arts, toutes disciplines confondues, et consiste à offrir une résidence de création éclair de 2 jours à 5 artistes bas-laurentiens, dans des lieux inusités de Trois-Pistoles. Au terme de ces 48 heures, les œuvres produites sont présentées à deux convois de curieux se déplaçant d’un lieu à l’autre, dans le cadre d’un parcours à pied.
Soraïda et les autres membres du comité organisateur ont décidé cette année de tester l’été tardif de septembre au lieu des grandes chaleurs de juillet; une décision qu’ils n’ont pas regrettée. La basse saison a permis à l’événement de sortir du flot d’activités estivales, de jouir d’une bonne couverture médiatique et d’attirer un nombre de participants grandissant par rapport à la première édition. Autre nouveauté : le bistro Le Grenier et la cour du Caveau comme point de départ du rallye et lieu de rassemblement pour les festivités de la soirée. Le choix de cet endroit central et au décor chaleureux a su plaire aux participants qui pouvaient profiter des installations et admirer des artistes locaux en pleine création.
À peine deux mois sont passés depuis le Marathon, et déjà, une troisième édition se met en branle dans les méninges échauffées de Soraïda Caron. Plus d’ambiance, plus de performances, plus de divertissement, plus de danse… Plus d’« effervescence chaotique, culturelle, artistique », s’amuse-t-elle à dire. Elle préfère continuer à mettre le projecteur sur les artistes du Bas-Saint-Laurent, mais qui sait, peut-être que l’avenir permettra d’ouvrir l’appel de candidatures à d’autres régions… un artiste international même, un rêve fou qu’elle ne peut s’empêcher de caresser. La formule unique de l’événement n’étant plus à prouver, ne reste qu’à fidéliser un public, lui en mettre (davantage!) plein la vue et susciter la fête sans regarder l’heure. Le Marathon de la création est là pour rester. Du moins, si sa forme change, la créatrice s’engage à faire perdurer son fond, sa mission : démystifier l’art contemporain et le faire rayonner en région.
L’art contemporain : cette bête noire
Elle prononce ces deux mots et ses yeux s’illuminent, son cœur s’enflamme. L’art contemporain, ce miroir de la société, ici et maintenant, traverse le temps et se renouvelle constamment. Consciente que cet art propose souvent des œuvres témoignant de l’intériorité, reposant beaucoup sur la subjectivité et souvent difficiles à saisir, Soraïda Caron persiste et signe : « Plus tu en vois, plus tu en consommes, plus tu développes ton œil de spectateur, plus tu es apte à faire des liens avec des œuvres vues auparavant. Tu vas pouvoir émettre une critique et faire des comparatifs. Il n’y a pas de secret! L’art contemporain sera toujours là, il faut donc être curieux, suivre l’art de notre époque et se questionner à son égard. »
Selon Soraïda, les artistes ont aussi la responsabilité d’exposer l’art contemporain aux grands jours, d’aller à la rencontre du public afin de susciter la découverte, et soulever l’enthousiasme. Et comme les moyens pour exposer son travail sont souvent limités, voilà que le Marathon est né afin de créer un canal entre l’artiste, son œuvre et le spectateur. Créer, admirer, se questionner. Soraïda souhaiterait instaurer d’autres de ces rencontres tout au long de l’année qui culmineraient vers le Marathon. S’abandonnant encore à la rêverie, elle imagine des artistes d’ailleurs qui séjournent dans Les Basques pour de longues résidences, des ateliers d’éveil à l’art avec les tout-petits, des discussions thématiques avec les adolescents et les personnes âgées, de l’initiation à l’art avec les personnes handicapées. Elle déplore le manque de curiosité envers l’art contemporain, pourtant si avant-gardiste et porteur de sens multiples. Tous gagneraient à laisser l’art contemporain les déstabiliser, les charmer… « Le défi est grand, ambitieux, mais on a du temps », ajoute Soraïda.
La belle et ses bêtes
La 2e édition du Marathon derrière elle, la directrice artistique et chorégraphe remet son chapeau de Mars elle danse afin d’entamer le dernier droit dans la conception de son plus récent spectacle de danse, Belles Bêtes. Projet plutôt ambitieux sur le plan technique alliant danse contemporaine et arts numériques, Belles Bêtes « est un voyage au cœur de l’espèce humaine : de sa naissance cellulaire à son déploiement numérique. Cette création tente par l’image et le mouvement de rendre hommage à sa beauté et sa sensibilité ».
Après deux résidences de création au cours de l’automne, à Trois-Pistoles et Rivière-du-Loup, Soraïda s’est rendue à Montréal en novembre dernier pour présenter sa création chez Tangente, un organisme de diffusion spécialisé en danse contemporaine.
Elle a participé également à Parcours Danse, un événement qui met à l’honneur la création chorégraphique québécoise et qui réunit des professionnels et diffuseurs de partout dans le monde. Moment privilégié pour elle de s’inspirer en assistant aux vitrines de ses pairs, de recruter des danseurs, d’approcher des diffuseurs et de faire briller la danse contemporaine en région.
Enfin, Belles Bêtes prendra la route des salles de spectacle de l’Est-du-Québec en 2020. Surveillez la page Facebook Soraïda Caron et le marselledanse.com pour connaître les dates et les lieux visités. Et entre deux représentations, pas question pour Soraïda de s’assoir sur ses lauriers. Dès janvier, elle entreprend sa nouvelle création, Élégante chair, qui lie danse contemporaine et art visuel cette fois-ci avec les œuvres de l’artiste rimouskoise Ito Laïla Lefrançois.

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